« La crise sanitaire actuelle a montré les limites de notre modèle de développement »
Ce préambule qu’on nous présente comme l’idée à l’origine de cette « consultation » devrait être, pour chacun d’entre nous, le premier signal d’alerte et en même temps le symptôme incontestable d’une fraude intellectuelle. D’une sorte de populisme sournois, insidieux. Qui nous ronge comme un virus. Mais que nous portons en nous depuis des décennies.
Comme d’autres l’ont pointé, mettre en avant, sans complexe, le pouvoir décisionnel d’une faillite sanitaire quand très récemment, par ailleurs, des milliers de voix ont été, dans le meilleur des cas, ignorées, et dans le pire, réprimées avec une violence des plus pures [1], c’est admettre que le système ne s’ébranle précisément que lorsqu’il a ouvertement et morbidement failli.
Que la démocratie est une façade. Que seule la survie de ce « modèle de développement » compte. Cette plateforme est-elle preuve qu’il existe un pouvoir du peuple, ou n’est-elle que cette ombre nouvelle au fond de la caverne qui de ses doux contours veut nous rassurer en nous promettant une nouvelle dystopie ?
Mais c’est bien pis encore. Cette déclaration est une ineptie logique, historique et scientifique. Une insulte à notre raison. Il ne faut pas remonter bien loin pour trouver un exemple de crise d’échelle mondiale de laquelle « nous » devions sortir plus sages et plus forts : la crise économique de 2008. Nous devions apprendre que l’économie virtuelle mettait au bord du précipice l’économie réelle. Qu’en dépit de nos conforts de puissances impérialistes, nous rêvions de rêves miroités par les (malins) génies de la finance. Nous devions apprendre ce que beaucoup d’entre nous savaient déjà, quand ceux qui auraient dû changer ne l’ont pas fait d’un iota. Pour que cette illusion d’une « fin de l’histoire » perdure, une seule leçon, terriblement asymétrique et dont beaucoup finissent aussi par payer de leur vie, même si de manière moins dramatique : « l’austérité ».
En vérité, si, changement il y a eu. Les revenus des 1% les plus riches dans le monde ont augmenté de 60% dans les deux dernières décennies, quand ceux de la moitié des plus pauvres a diminué symétriquement [2].
Pendant ce temps, la France s’est propulsée comme l’un des premiers vendeurs d’armes dans le monde [3]. Un progrès de toute beauté, si ce n’est que le coronavirus se rit bien des missiles et encore plus des porte-avions, qu’il utilise pour sa propre conquête. Pleurons donc les victimes du coronavirus, mais propageons du reste la mort sans ressentiment. Avec un joli profit, même.
Depuis quand savons-nous les méfaits de l’utilisation des énergies fossiles ? De la déforestation ? De la monoculture ? Là encore, nous ne sommes exhortés au changement que lorsque que le monstre à profits de l’industrie mondiale est jugé mûr pour la transition. J’ai vu un nombre de références à l’environnement et au changement climatique ailleurs sur ce site. Ne voit-on pas qu’à l’instar de l’épidémie de coronavirus, nous ne faisons que sauter de précipice en précipice ?
À quoi peut bien servir de séparer le verre du plastique quand des dizaines de millions de téléphones portables sont jetés chaque année [4] ?
À quoi peut bien servir un régime végétarien quand le soja est aujourd’hui une des premières commodités mondialisées et contribue à des séries de catastrophes écologiques en Amérique du Sud [5] ?
Et cætera. Et cætera. Et cætera.
« Nous sommes en guerre » a-t-on entendu. La guerre la plus longue et la plus répandue, c’est la guerre sociale (à défaut de l’appeler guerre des classes, qui risquerait de se faire affubler d’atavisme), entre hordes dirigeantes et masses obédientes, celle qui aujourd’hui met en œuvre deux armes dévastatrices : la peur et l’oubli.
Le « modèle actuel de développement » a un nom, qui volontairement a été omis : c’est le néolibéralisme. Une façon, si l’on veut, de faire du capitalisme non seulement un modèle économique, mais aussi politico-social. Ce modèle s’est effondré de manière catastrophique dans son histoire, des douzaines de fois [6]. L’a-t-on changé ? Oui, en quelque sorte : on l’a fait plus prévalent que jamais.
Capitalisme n’est pas un mot magique, mystique que brandissent certains politiciens pour faire peser une menace abstraite sur la société (bien que beaucoup semblent l’employer de cette manière). Il est également mensonger de faire croire que l’économie néo-libérale est la seule viable (d’où cet inconfort évident dans le fait d’utiliser l’expression « modèle de développement »). En son sein, le capitalisme porte la contradiction que la valeur du travail ne peut pas être une valeur sociale. Que l’effort de tout un chacun a pour but le succès de certains au détriment des autres. La société néolibérale sacrifie le bien-être de la majorité au nom d’une compétition universelle pour l’écrasement de son voisin. On peut la tordre dans tous les sens, la coiffer et la maquiller de belles rhétoriques solidaires (on appelle ça du « révisionnisme » dans le jargon [7]), mais elle restera ce qu’elle est. Le temps est même passé de prétendre que le néo-libéralisme, malgré ses défauts, « conduit à l’enrichissement général de la population » : non, il conduit bien à son appauvrissement, mais ce ne sont finalement que des données à ajuster sur des chartes de production [8]. Tout le monde vit avec. Jusqu’à ce que la mort ne frappe plus seulement figurativement. Et, non, la France n’est pas une espèce d’île paradisiaque (dans l’archipel européen) qui est en dehors de tout ça, parce que… parce que nous sommes Français, nom d’une pipe !
Aussi terrible soit-il, le coronavirus du Covid-19 n’a rien montré qui ne fût déjà apparent, pour peu que l’on eût fait l’effort d’y faire attention lorsqu’il était encore temps. Plutôt que de mitrailler la gueule des gens à coups de LBD 40 et de gaz lacrymogène.
Non, il n’y aura pas de consultation de souverain à sujets. De diversion, de digression. D’altérations cosmétiques avec lesquelles une illusion de multipartisme politique jonglera à sa guise.
L’environnement politico-médiatique nous prend tous pour des éternels enfants. Nous sommes destinés à en être. Des enfants en besoin d’être constamment guidés, à qui l’on dit quoi vouloir et quoi aimer. Voici donc des déclarations d’enfants, pleins de rêves utopiques, résolus à en finir avec le joug parental :
>> Ce sera la fin des oligarchies : La valeur du travail sera retournée à ceux qui travaillent. Le travail ne doit plus être une fin en soi. Il doit être réintégré à son rôle social. L’accumulation des richesses sera abolie. Les ressources seront prioritairement canalisées vers les moteurs de la société : la recherche, l’éducation, la santé. Ce qui a été promis mille fois, mais qui est pratiquement impossible sans mettre fin au néo-libéralisme.
>> Ce sera le retour à la démocratie : Plus de représentants qui ne sont que de mauvais acteurs à temps plein (avec des salaires bien meilleurs que ne prévoit la rémunération des intermittents !). Les élus doivent être des gens informés qui recouvrent non seulement le champ des orientations idéologiques mais aussi celui des professions. Surtout, la politique ne doit pas être « confiée » à une école de privilégiés en nourrissant l’idée que cela débarrasse le peuple d’y réfléchir autrement qu’autour d’une pression à une heure et quart. Vouloir la démocratie, c’est être prêt à la construire. Il est important de préciser que ceci n’est pas possible sans repenser le travail dans son ensemble – pour créer les conditions physiques et psychologiques mêmes de s’immiscer dans les affaires politiques – et de la fin de la société aliénante. Il faudra en revenir à démocratie « à la Tocqueville », même s’il a plus qu’échoué aux États-Unis. Le « vote blanc » ne sert à rien sans (1) alternative idéologique, (2) se défaire de la sous-classe bourgeoise qu’on appelle la « classe politique ».
>> Ce sera la fin de la surproduction et de la surconsommation : N’en déplaise à cette terminologie anglo-saxonne nauséabonde, nous ne sommes pas des consommateurs (ni d’abord, ni ensuite, ni jamais). Nous sommes des personnes. Nous n’avons pas besoin de « pouvoir d’achat », car l’achat n’est pas un pouvoir : c’est une servitude.
>> Ce sera la fin de la « société du spectacle » : Dans le jargon, c’est ce qu’on appelle le situationnisme. Ça ne signifie évidemment pas qu’on arrêtera le cinéma ou le théâtre, ça n’a rien à voir. Il s’agit d’arrêter la mise en scène des espaces social et politique. Il n’y a pas plus trompeur que cette expression désormais ubiquitaire de « l’expérience », qu’on doit évidemment encore aux maîtres à penser de l’esclavage mental anglo-saxons. L’image, l’illusion, les dieux-icônes nous gouvernent : il faut s’en séparer [9].
Nous ne serons plus des commodités ambulantes.
Ce sera la fin de l’aliénation.
Si vous n’êtes pas prêts à entendre ces demandes, inutile de nous déranger. Nous pouvons nous en retourner à notre castration mentale [10].
Kilapan, Chercheur français, 04/04/2020
Source : https://skepsisteme.noblogs.org/post/2020/04/04/nouvelordre/
Liens et références :
[1] Autre forme de « consultation » gouvernementale en période de crise : https://desarmons.net/index.php/2019/01/04/recensement-provisoire-des-blesses-graves-des-manifestations-du-mois-de-decembre-2018/
[2] https://www.oxfam.org/en/press-releases/62-people-own-same-half-world-reveals-oxfam-davos-report
[3] https://www.challenges.fr/entreprise/defense/la-france-championne-des-ventes-d-armes_473623
[4] https://planetgreenrecycle.com/fundraising/e-waste/the-electronic-waste-crisis-cell-phones-facts-and-figures
[5] https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/03066150.2016.1146705
[6] https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_economic_crises
[7] http://marxisme.fr/marxisme_et_altermondialisme.htm
[8] https://www.businessinsider.com/the-pauperization-of-europe-2012-8?IR=T
[9] https://libcom.org/library/spectacular-times-larry-law
[10] Encore et toujours – la castration mentale : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/bernard-noel-1ere-diffusion-11061997
Le monde d'avant et le monde d'après
Site des prolétaires de fer, 18 juin 2017
Il paraît que Churchill a dit : "Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent vite leur chemin comme si rien ne leur était arrivé."
Pour ceux qui suivent un peu l'actualité économique ou mon site, l'idée d'un crash financier n'a rien de surprenante. La plupart des gens semblent parfois vivre dans un monde parallèle où la réalité n'existe pas, ils s'imaginent que si quelque chose de grave devait se produire, bfm-tv nous tiendrait au courant immédiatement. Nul doute que si l'apocalypse devait arriver demain matin à 8h, le quidam de base s'attend à ce qu'à 8h15 ruth el krief nous fasse un direct avec un plateau d'expert et un joli bandeau rouge "alerte" floterrait sur nos écrans, tandis que toutes les chaînes interrompraient leurs diffusion pour nous informer en direct du cataclysme.
Mais l'économie est bien différente du show-terroristo-médiatique auquel nous avons été habitués avec les attentats, avec leur sempirternel cycle alerte-choc-émotion-explications bidons-minute de silence-état d'urgence. L'économie se joue sur le temps long, un temps qui se comprend dans une dimension inaccessible à celui qui réduit la réalité à une série d'évènements médiatisés.
Pourtant la plupart des gens continueront à croire que la société fonctionne normalement jusqu'au jour J. Il n'y aura ni plateau télé, ni experts, ni reportages, ni interview, ni séquence émotion-explitcations-minute de silence, ni journalistes, ni hélicoptère, ni camions de police. La plupart des gens continueront leur petite vie tranquille comme si de rien était, sans avoir la moindre idée de ce qui se déroule. Et d'ailleurs, depuis la crise de 2008, ne nous dit-on pas, le peu de temps qu'on en parle, que la "reprise" est là ? que l'économie est repartie ? que le chômage américain est à 5% et que l'économie mondiale se porte à merveille ?
Avec l'écervellement continu de générations d'esclaves passées par le système de "l'éducation", la plupart des gens ont perdu toute capacité à raisonner sur le temps long, à penser le monde en quatre dimensions (l'espace et le temps), à comprendre l'évolution du monde. Il faut dire aussi que la psychologie humaine a tendance, chez la plupart des gens, à favoriser spontanément l'idée que si quelque chose est là aujourd'hui, alors il sera là demain, et après-demain, et pourquoi pas dans 5 ans (et pourquoi pas pour l'éternité).
La réalité est tout autre. Rien de ce que nous connaissons à l'heure actuelle ne survivra à la prochaine crise économique mondiale, alors même que le système s'est à peine remis de la crise précédente (et dans quel état !).
L'erreur de la plupart des gens est de croire que l'effondrement économique est un évènement médiatique, alors que c'est un long processus, avec des phases de longs changements quantitatifs sur des années qui débouchent sur des sauts qualitatifs qui peuvent s'étaler, quant à eux, sur des semaines ou des mois. Le crash des indices boursiers n'est en fait qu'un minuscule évènement. Il n'a de réelle importance que parce que la plupart des gens resteront convaincus que "tout va bien" tant que le prix des actions n'aura pas dévissé de 50% un lundi matin. Ce jour là, effectivement, les gens comprendront que "quelque chose ne va pas", et que les gens qui prédisaient depuis des années la catastrophe n'étaient peut-être pas si stupides et fous que ça.
Mais en attendant, il est difficile de faire prendre conscience aux gens de l'effondrement qui s'annonce, parce qu'il est difficile d'expliquer un phénomène inédit à des gens dont l'imagination a été cultivée par les films catastrophe hollywoodiens. Mais surtout parce que tant que bfm ne dit rien, c'est qu'il ne se passe rien (du moins c'est ainsi que la plupart des gens raisonnent).
Là encore, la réalité est tout autre. Depuis 2008, il n'y a pas eu la moindre "reprise" de l'économie. En dépit du barratin médiatique, il n'y a pas eu non plus d'amélioration dans quel que domaine que ce soit. Nous vivons depuis 2008 suspendus à l'impression frénétique de monnaie des banques centrales qui innondent les marchés financiers de liquidités afin de faire tenir à bout de bras ce chateau de carte qu'est l'économie mondiale. Même la Chine s'y est mise. Le pays, très peu endetté au moment de la crise précédente il y a 9 ans a produit depuis des dettes publiques et privées dans des ordres de grandeur de dizaines de milliers de milliards de dollars.
Et malgré ces efforts obstinés pour faire léviter l'économie, la situation ne s'est nullement améliorée pour les petites gens, ceux d'en bas, les "sans dents", ceux qui ne peuvent pas "s'acheter un costard", car leur usine a fermé, ou ils n'ont toujours pas trouvé un emploi stable, ou alors parce que les prix de base pour survivre resserrent chaque jour l'étau de vies suspendues à un fil. C'est donc sur un terrain bien fragile que la prochaine crise économique va déferler cette année.
Déjà les premiers effets peuvent se sentir depuis l'année 2015, date à laquelle les premiers soubresauts ont menacé l'édifice financier mondial (on se souvient du crash des places financières du monde entier au mois d'août 2015, vite enrayé par l'action des banques centrales). En effet, dans ce système financiers de dettes, il est toujours possible de remettre en permanence une couche de dette, de faciliter le crédit. En europe par exemple, la banque centrale européenne (BCE) crée chaque mois 60 milliards d'euros de dettes afin de soutenir le système financier, elle a ainsi pris la relève de la réserve fédérale américaine (FED) et de la bank of Japan (BOJ).
Il est également très facile pour les banques centrales de jouer sur le cours de l'or (qui est en fait manipulé) ainsi que sur le prix des actions, afin de maintenir le quidam de base dans l'illusion que "tout va bien", et donc d'empêcher de facheuses conséquences. En effet la peur du public est la pire des choses qui soit dans ce système financier, entièrement bâti sur la dette, donc des promesses, et donc la confiance. Entretenir dans la tête des gens la confiance est tout l'enjeu de cette mascarade, qui sera pourtant bien vite rattrapée par la réalité. En effet l'économie réelle, elle, ne saurait voir la couleur de ces masses de liquidités et de "quantitative easing" (pour ceux qui ne suivent pas l'actualité économique, il s'agit en fait de planche à billet...).
Regardons un peu l'état de l'économie réelle, et il ne nous faudra pas de très longues analyses pour voir que le scénario de "reprise" n'a rien de réel. Les barratins de "reprise" économique qui nous sont servis depuis 2008 ne résistent pas à quelques minutes d'analyse sérieuses, ce qui n'empêchent pas la presse et les plateaux télés de nous inonder de ces contre-vérités à chaque fois qu'ils en parlent (le peu de temps qu'ils en parlent).
Les petits commerces sont de plus en plus en difficulté. Ce n'est pas seulement à cause la pression fiscale (qui certes s'est beaucoup aggravée pour eux depuis 2008), mais tout simplement la baisse de la demande, les clients n'ont plus d'argent ! Enfin, en tout cas, plus assez pour des dépenses jugées secondaires, et ça se voit à l'état des rues de certains quartiers : panneau de location à la place de commerces, centres commerciaux déserts (si vraiment), mais ce n'est pas tout. Car la situation ne se limite pas à la France. Aux Etats-Unis, pays des "5% de chômage" (en fait sans doute entre 30% et 40%), le commerce de détail a chuté considérablement ces dernières années. En fait, depuis 2008, on ne compte plus les faillites de magasins, de commerces, et surtout dans la période récente. Et depuis 2008, le prix du fret maritime (l'indice baltic dry) s'est littéralement effondré. Or le commerce mondial est basé sur le transport maritime, par exemple entre l'Asie et l'Europe, ou entre l'Asie et l'Amérique. S'il y avait eu la moindre "reprise" de l'activité commerciale, alors le prix du fret maritime n'aurait-il pas du remonter ? Si, bien sur, mais ce n'est pas du tout ce qu'on observe. Bien au contraire, les sociétés de fret maritime sont en grande difficulté au point que le nombre de faillites dans ce secteur ont augmenté encore l'année dernière et cette année. Information que se gardent bien de vous fournir les journalistes de la télé, payés à vous raconter la pluie et le beau temps (alors que pour ça il suffit de sortir la tête dehors !).
A-t-on évoqué la chute de l'activité industrielle partout dans le monde, la croissance mondiale anémique ? On pourrait développer cet aspect, sans oublier le nombre de catastrophes bancaires qui nous pendent au nez. Rien que ces deux dernières années, le monde financier a été hanté par le spectre (toujours plus "terrifiant") de la faillite de la célèbre Deutsche Bank, mastodonte du système financier mondial, ainsi que l'autre allemande Commerzbank. Deutsch qualität ? Pas tant que ça, les banques allemandes sont même passées dans le colimateur de la justice pour avoir trafiqué le cours de l'or depuis 2008, avec à la clé de lourdes amendes, au moment-même où la DB est à la limite d'être en faillite. Effondrement à côté duquel la faillite de la Lehman Brothers passerait pour un pic-nic le dimanche en famille. D'ailleurs l'action de la DB a suivi le même parcours que celle de la Lehman avant sa faillite, autant dire que cela ne présage rien de bon pour le système financier mondial. A vrai dire, ce n'est pas tout. Dans le genre "catastrophe apocalyptique", on peut citer le système bancaire italien bien sur, ainsi que les banques espagnoles avec la récente affaire "banco popular". La 6ème banque espagnole a été rachetée récemment pour 1€ symbolique et étrangement sauvée à la dernière minute sans recourir au terrible "bail-in" (renflouement par les épargnants). Reste que l'action de la dite banque est maintenant elle-même proche de 1€... et le reste du système financier mondial, que ce soit en Europe, en Asie ou en Amérique, est entièrement pourri et prêt à s'effondrer.
Le système a produit jusqu'à 250 000 milliards de dollars d'argent-dette, la plupart du temps cette dette sert elle-même à refinancer la dette déjà existente. Depuis des décennies, le système financier ne fait qu'arroser des bulles de prêts non-remboursables (les fameux "subprimes", vous avez aimé ? j'espère que oui, car vous en aurez encore) : bulles des crédits immobiliers, bulles des prêts étudiants (surtout aux Etats-Unis, mais pas seulement), bulles des crédits automobiles, bulles des systèmes de retraites, bulles partout, bulle de tout. Bref, tout ça n'attend que de péter et il est tout à fait certain que c'est un "miracle" si tout ça ne nous a pas encore pété à la figure !
Les états et les banques centrales servent de garantie à ce système (c'est à dire qu'en gros si ça va mal, c'est vous qui payez). Car oui, on ne vous l'a pas dit non plus (merci TF1), mais depuis le 1er janvier 2015, une loi européenne autorise les banques à se renflouer directement dans vos comptes en cas de pépin. Ne vous inquiétez pas, ça a déjà été testé (en Autriche), et là non plus personne n'en a parlé, du coup tout va bien ! Mais ce qui est génial, voyez-vous, c'est que la banque ne pourra pas faire descendre votre compte en dessous de 100 000€, c'est garanti hein. Du moins, en théorie. Car dans les faits, le fond qui sert de garantie couvre autant votre compte en banque qu'une feuille de vigne n'habille Adam. Autant vous dire tout de suite, c'est vous qui allez payer, il n'y a qu'à voir la Grèce pour se faire une idée (et encore ça n'est pas grand chose par rapport à ce qui va arriver chez nous). Car on ne vous l'a pas dit non plus mais l'état français est endetté, mais vraiment très très endetté. Et chaque français a sur sa tête plus de dette publique qu'un grec, alors il va falloir payer, et puis devinez quoi, c'est vous qui allez devoir payer, même si vous n'avez rien, on trouvera bien un moyen.
Dans un de mes précédents articles (datant de début mai 2017), j'avais cité un rapport du sénat français lui-même, qui alertait alors sur l'imminence probable d'un nouveau cataclysme économique et financier, précisant que tous les ingrédients étaient déjà réunis et que ce n'était qu'une question de temps avant que la tempête se déchaîne. Bien sur ne comptez pas sur bfm-tv ou le JT de 20h de TF1 ou france 2 pour vous dévoiler ce genre d'informations sensibles. Parlons plutôt de la canicule, d'un vieux fait divers, ou de quoi que ce soit, mais surtout pas de la crise (les français détestent ça vous savez bien).
J'avais même annoncé dans cet article que l'élection présidentielle de mai 2017 serait la dernière de l'histoire de France. Si la catastrophe que j'annonce se produit (et je suis très loin d'être le seul à l'annoncer), notre cher président Macron n'a aucune chance de tenir en place jusqu'en 2022. Nul ne sait ce que ses confrères mafieux décideront alors de faire du masque "démocratique" qui était resté jusque là bien en place, trônant au-dessus du cadavre puant de la république bourgeoise pourrie jusqu'à l'os (depuis bien longtemps déjà, sans doute depuis le début). Je vous le donne en mille, ce sera quelque chose comme "allez vous faire foutre", mais en mode "démocratique", donc en gros vous n'avez pas voté pour ça mais on va bien vous le mettre parce que sinon c'est la vilaine "menace fasciste des heures sombres" avec Marine Le Pen qui voulait envahir la Pologne (ou un truc comme ça).
Alors, à quoi ressemblera le monde d'après ? Eh bien, pour s'en faire une petite idée il suffit de regarder déjà un peu la situation actuelle. Pour l'instant, sauf quelques zones économiquement très bien intégrées (comme les quartiers très dynamiques en région parisienne), la réalité économique pue la mort, les commerces ferment, les chômeurs sont de plus en plus nombreux. Mais ça vous ne le saurez plus car Macron a décidé qu'on allait arrêter la diffusion mensuelle des statistiques du chômage. Vous ne pourrez plus admirer le magnifique travail d'enfumage statistique de l'INSEE qui nous fait prendre des 10 millions pour 3 millions, entre autres. Mais qu'importe puisque tout ça c'est du passé ! Désormais, ça n'existe pas, puisque bfm n'en parle pas.
On ne peut pas savoir exactement ce que feront les banques centrales avant l'effondrement, pour l'empêcher ou pour le provoquer d'une façon qui les arrange. Ce qui est certain est que cet effondrement est déjà en grande partie réalisé et que ce à quoi nous allons assister est simplement l'achèvement de ce processus, le saut qualitatif. Préparez-vous donc à voir des choses que la plupart des gens n'ont pas idée ou refusent de voir, soit par fainéantise intellectuelle, soit par refus d'accepter la réalité. Il est en effet bien plus facile de s'enterrer la tête dans le sable en s'imaginant que le monde est une espèce de mécanique où rien ne change et où rien ne semble pouvoir arrêter la routine.
Simplement, le saut qualitatif est bien plus profond qu'on l'imagine. Tout ce qui fait la vie d'une société moderne va probablement cesser de fonctionner à plus ou moins court terme.
Un beau matin, les indices boursiers seront dans le rouge, quelque chose comme une chute sévère dans l'escalier, un truc qui fait mal. -30% ou -50%, quelque chose comme ça. Ce sera peut-être étalé sur plusieurs jours. A ce moment là, peut-être que bfm se sera réveillé. La plupart des gens verront défiler sur les écrans des mots comme "CAC 40", "Nasdaq", "Dow jones", des courbes, des trucs vraiment flippants auxquels les gens ne sont pas habitués vous voyez. On aura quelques experts en cravate nous expliquer que tout va bien et qu'il ne faut surtout pas s'inquiéter et que vous pouvez avoir confiance. Sauf que là il sera trop tard, car tout sera déjà joué depuis longtemps, depuis très longtemps. A ce moment là, vous n'aurez que le temps de voir la fin du processus, mais tout se sera passé à votre insu des années et des mois durant sans que vous ne voyiez rien (à moins que vous ne suiviez la véritable actualité économique internationale).
Bien sur, peu importe le niveau de connerie débitée par les pseudos-experts sur les plateaux d'i-télé envoyés spécialement pour rassurer les moutons (avant la tonte), sachez qu'au bout d'un certain temps un déclic se fera dans la conscience des gens tout simplement parce qu'il sera devenu impossible de cacher l'éléphant assis dans le salon.
Dans la logique de l'effondrement, ce qui s'agitera en premier, ce seront les DAB, les distributeurs automatiques à billet. Vous me demandez comment je le sais ? Tout simplement parce que c'est ce qui s'est produit en 2008, mais aussi en Grèce un peu plus tard. Face aux nouvelles de crise financière qu'il n'était plus possible de cacher au public, les gens se sont rués sur les ditributeurs de billets histoire de retirer de quoi acheter le nécessaire, ou plus, leurs économies tout entières (naïfs que vous êtes si vous croyez que vous aurez la moindre chance de retirer plus que quelques billets, et encore, s'il en reste !). En Grèce par exemple, le gouvernement avait mis en place le contrôle des capitaux (pour les pauvres hein), pas plus de 60€ par jour et par personne.
Mais ça, ça n'est que la première étape. La suite, c'est la faillite des banques partout dans le monde. Et là ce ne sera pas de la tarte. Ce qui aurait du se produire en 2008 va se produire, en pire, en beaucoup pire, tout simplement parce qu'au lieu de laisser l'effondrement se faire en 2008, les banques centrales et les états ont acheté du temps. Nous sommes en 2017, soit 9 ans plus tard, et tout a bien lévité jusque là, en tout cas on ne s'est pas encore écrasé. Mais le prix, c'est que la situation n'a pas été résolue, bien au contraire elle a été aggravée, et cette fois le système n'a plus aucune munition pour contenir la prochaine crise. C'est bien simple, plus rien ne peut être fait pour sauver le système financier mondial. La fin de l'ordre impérialiste actuel, du dollar, de l'euro et de tout le partage du monde qui soutient l'existence économique de "nos" pays n'en sera que plus douloureuse.
La plupart des institutions que nous connaissons, des entreprises (autant le petit commerce du coin que la multinationale chez qui ont fait ses courses) auront à terme soit disparu totalement ou au moins partiellement. Les universités, les hopitaux, même l'approvisionnement de denrées de bases pourraient être perturbées pour une durée difficile à prédire. Je ne pense pas que nous connaîtrons une famine comme celles qui existaient au moyen-âge, mais si on regarde la crise de 1929, c'est bien souvent la faim au ventre qui poussait les prolétaires de la côte est à s'aventurer dans la campagne de l'ouest dans l'espoir ne serait-ce que de survivre.
Les services publics les plus basiques disparaîtront (pour ce qu'il en reste), y compris et surtout le versement des aides sociales, des rembrousements en tout genre. Pourquoi ? Mais parce que l'état est littéralement EN FAILLITE totale, il n'y a rien qui puisse tenir debout face au tsunami qui s'approche, et surement pas notre état surendetté. Il va sans dire que si les fonctionnaires ne sont plus payés, si les employés de grandes entrepreprises ne se voyent plus leurs salaires versés plusieurs mois de suite, ni l'école, ni l'hôpital, ni même l'électricité n'ont de raison de fonctionner, sauf par endroit, et encore. Je veux bien croire que la maîtresse d'école accepte de faire cours bénévolement quelques semaines dans une petite école dans un village peaumé. Par contre dans la grande fourmillière cosmopolite individualiste parisienne, autant dire que chacun préfèrera rester tranquillement chez soi que de risquer un affrontement avec les hordes de pillards qui profiteront du chaos pour être de façon éphémère les rois de la rue. Sauf qu'on ne peut tenir éternellement terré chez soi si on a pas de provisions.
Il va de soi que cette période de pénurie ne sera pas éternelle et qu'il est sans doute exagéré de vivre en autarcie complète pour passer cette période (il est de toute façon déjà trop tard pour s'y préparer). En revanche une période de plusieurs semaines à plusieurs mois causeront de nombreuses difficultés pour se procurer ne serait-ce que les biens de base. Si vous ne croyez pas à la possibilité d'un tel scénario, allez voir ce qui se passe en ce moment au Vénézuela, et vous verrez qu'un pays relativement développé peut sombrer rapidement dans un chaos total si l'économie s'effondre.
Nous pourrons goûter aux joies des coupures d'eau et d'électricité, des déchets qui jonchent les rues, des spectacles de chaos urbain, des scènes les plus diverses en tout genre. La plus grande difficulté pour le quidam de base sera de se passer de sa carte de crédit. Car n'imaginez pas que qui que ce soit acceptera de se faire payer par carte. Dans un premier temps les commerçants (surtout les petits), n'accepteront que les paiements en espèce. Et très vite, même l'argent liquide ne sera plus un moyen d'échange parfaitement fiable.
Si vous vivez dans un logement qui vous appartient, sachez que, comme disait Salluste "ça c'est pour le roi, ça c'est pour moi". Voilà ce que se diront les banquiers qui ont à gérer l'immense cartel du crédit immobilier. Or on sait que beaucoup de français propriétaires de leur logement sont en fait en train de rembourser leur crédit. Bref, vous êtes chez vous, pour l'instant. Il ne sera pas rare à l'avenir de voir quelqu'un chassé de chez lui et jeté à la rue sans autre motif que les petites astérisques en bas de son contrat de prêt permettent à la banque de saisir le bien immobilier pour sauver son bilan (avant de faire finalement faillite rassurez-vous).
Enfin, la période qui va suivre sera celle plus ou moins longue de redémarrage. Redémarrage de l'état, de l'économie, sur des bases difficiles à prévoir. Mais ce qui est certain c'est qu'en fait rien ne redeviendra comme avant. Passées les premières scènes d'évènements urbains apocalyptiques, tout ça se sera banalisé. La vie après ne sera plus comme la vie avant.
Dans les années 1930, on a connu la grande dépression, puis les pays se sont relevés. Mais comment ? Grâce à la guerre, pas au new deal keyenesien (qui a échoué autant en amérique qu'en Allemagne nazie). En 1937, aucun pays n'était sorti d'affaire, et il aura fallu plusieurs années de guerres pour que l'économie reprenne des couleurs sur le sang de millions de morts dans une guerre dont la violence fut sans précédent dans toute l'histoire de l'humanité. Et même, à l'époque, l'amérique émergeait encore (ce n'était pas la grande puissance de l'après-guerre). Il y avait encore des morceaux de papier autour du rouleau de PQ. Avec le taux de profit moyen actuel dans le monde, et surtout la place que vont prendre les impérialismes occidentaux dans la pyramide mondiale (c'est à dire qu'ils vont maintenant être à la botte de l'impérialisme chinois si celui-ci s'y prend correctement), bref avec une telle situation, s'en sera bien sur fini complètement du "mode de vie occidental", des "acquis sociaux" en tout genre, DEFINITIVEMENT, il n'y aura aucun retour en arrière possible, quand bien même une grande partie de la population y serait favorable. C'est un aller simple pour une destination que vous n'avez pas choisi.
Cependant cette destination nous réserve quelques bonnes surprises. D'abord, si vous survivez à la période de chaos que j'ai décrite (bon à priori ça ne devrait pas être trop difficile et puis avec un peu de chance vous perdrez vos kilos en trop), bref si vous êtes encore en vie après ce koh lanta à l'échelle mondiale, vous aurez face vous un monde à la physionomie radicalement différente de celui que vous avez connu. Dans ce monde il n'y aura évidemment ni "démocratie" (en fait, de masque démocratique je veux dire, les choses seront plus claires), ni "modèle social", ni "code du travail", ni sécurité sociale, ni état clairement défini, ni pleins de trucs auxquels vous étiez habituez comme : l'essence à prix abordable (même c'est déjà cher), la nourriture à prix abordable (faire la queue pendant 2h devant auchan pour avoir trois paquets de pépito sera le lot de millions de gens certains jours), il n'y aura plus non plus de services publics ou privés réguliers, donc oubliez les sorties au restaurant, oubliez vos soirées sur internet (vous croyez vraiment que ça peut fonctionner sans électricité ?), oubliez vos longues douches et oubliez aussi le dernier iPhone (et évitez aussi d'aller en voler un dans la pagaille, ça ne sert à rien d'ajouter la merde à la merde, je dis ça on sait jamais, ça va sans dire mais c'est mieux en le disant).
Bref, dans ce monde nouveau, il est tout à fait possible que notre oligarchie déménage de la défense (le quartier d'affaire à Paris) pour des ghettos financiers plus surs à l'abri de la vindicte populaire. Mais peut-être que la Suisse ne voudra pas d'eux alors on ne sait pas. Paris deviendra ce qu'elle est déjà depuis un moment, un gros sac à merde puant. La ville va changer, mais surtout le travail va changer. Sans code du travail et sans protections sociales, le prolétaire français redeviendra rentable et attendez-vous dans quelques années à avoir des offres d'emplois dans l'usine apple du coin pour fabriquer les smartphones que les petits chinois pourront consommer dans leurs super centres commerciaux à 5 étages (pendant que chez nous ils seront reconvertis en villes fantômes occupées par les pauvres qui n'auront d'autre endroit au chaud pour habiter). Il ne serait pas surprenant qu'à l'avenir on voit pousser des usines un peu partout.
Les emplois industriels vont revenir ici, tout simplement parce que la division internationale du travail va changer. L'impérialisme de demain, c'est la Chine, et l'Inde. Ils vont connaître leur âge d'or, tout comme nous à une autre époque, lorsque nous étions les plus forts dans l'exploitation du monde. Certes nous exploiterons encore le monde, l'impérialisme français et américain par exemple, seront toujours dans la partie. Mais pas à une place de choix. C'est un peu comme un étang où l'on pêche. Le grand marais sera réservé aux tous puissants financiers sino-indiens tandis que les petits américains, anglais et français, jadis seigneurs du lacs, seront désormais cantonnés à une petite flaque.
Clairement, il n'y aura plus ici de surprofit impérialiste, plus de quoi financer la moindre augmentation de salaire, le moindre "acquis social", cette époque-là est définitivement révolue. Comme la carotte sera trop chère à payer, la bourgeoisie aura de plus en plus recours à l'état (le bâton) pour faire tenir ce système bancale. Et pourquoi pas sous-traiter la violence à des mafias déjà plus implantées sur notre territoire, grâce à complicité d'ailleurs de ce même état, qui y voit une source inépuisable de forces pour la réaction.
Bref la société de "l'après" sera très différente de celle de l'avant. Demain sera très dur pour beaucoup de gens, il y aura de la souffrance, c'est certain. Je suppose qu'il est difficile d'imaginer un tel scénario, que certains trouveront cela nébuleux, incertain, et je suis presque sur que beaucoup de gens préfèrent ne même pas imaginer une telle situation, se réfugiant derrière des arguments bidons pour justifier leur peur du lendemain et se persuader que rien de ce que je dis n'est vrai. Et beaucoup de gens doivent se dire, "tout cela est vraiment horrible, demain sera moche". Mais c'est en fait une bonne chose, car la prolétarisation de la société va accélérer durant cette période. Or c'est ce dont nous avons besoin pour renverser le système... S'en sera fini des verrous sociaux (la classe moyenne, l'embourgeoisement) qui bloquaient depuis des décennies ne serait-ce que l'émergence d'un véritable mouvement révolutionnaire communiste.
Ce qui va naître, sera un prolétariat industriel également (certes moins nombreux qu'avant à cause des machines) mais tout tournera autour de la production. S'en sera fini de notre situation de peuple consommateur parasite et complice de l'impérialisme (eh oui trop pauvre pour corrompre le peuple), donc terminé aussi la sphère parasitaire des métiers improductifs et liés justement à ce mode de vie de consommateurs parasitaires propres à l'impérialisme. Bref, toutes les conditions pour détruire cet ordre capitaliste moribond, c'est cet ordre capitaliste moribond qui va nous les offrir sur un plateau d'argent.
Reste bien sur à s'organiser dès maintenant pour déjà, ne serait-ce qu''éclairer les consciences déjà un peu éveillées (bien trop de gens sont encore à mille lieues d'en arriver à comprendre tout ça). Et puis surtout être capables de construire à l'avenir l'organisation de combat pour démolir de fond en comble ce système qui montre chaque jour à quel point il est dépassé, à quel point sa crise générale appelle qu'on le remplace par un autre système. Ce que nous souhaitons, c'est un système réellement démocratique, car c'est finalement ce que ce système ne peut empêcher, comme il crée partout les forces qui demain lui porteront le coup fatal. A nous de réunir et d'éduquer les gens qui seront demain les forces conscientes, en commençant par travailler d'abord à nous instruire nous-mêmes. Il y aura clairement un avant et un après. Si nous nous montrons à la hauteur des enjeux, alors peu importe la violence de la tempête, nous saurons où aller. Ceux qui voyaient le communisme comme dépassé, comprendront que notre ère ne fait que commencer.
« Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée. » (Victor Hugo)
« Ce n’est pas une miette de pain, c’est la moisson du monde entier qu’il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité. » (Louise Michel)

Réforme ou révolution ? En ces temps de crise et d’austérité la question mérite d’être posé, et j’y tenterai d’y répondre.
En régime capitaliste la crise systémique commence habituellement par la surproduction de marchandises. Pendant ce temps une quantité de personnes manquent de l’essentiel ou du minimum vital, mais par définition ils ne forment pas un marché : ils n’ont pas de pouvoir d’achat suffisant. Le marché solvable se rétrécit par les prélèvements de l’Etat (taxes, impôts…) et la baisse des dépenses publiques destinées aux désœuvrés, les entreprises parviennent de moins en moins à écouler leurs marchandises.
Le capitaliste s’engage à augmenter la productivité du travail seulement lorsqu’il s’agit de diminuer le coût du capital variable (masse salariale), produire plus, abaisser les coûts et espérer capter des parts de marché, mais le concurrent ne voulant pas se laisser dominer est obligé de faire pareil pour pouvoir rester sur pieds, les conséquences sont une baisse du taux du profit car les machines sont payés dans leur intégralité alors que les travailleurs ne sont rémunérés que partiellement par rapport à la valeur qu’ils créent, la plus-value que génère le travailleur et qui est appropriée par le capitaliste, source du profit, baisse et ce faisant une partie des ouvriers sont rendus superflus du fait de leur trop grande productivité, d’où les licenciements, et dans l’usine concurrente c’est au contraire la trop faible productivité de l’ouvrier qui le congédie. La hausse de la productivité du travail implique la hausse de la composition organique du capital, ce qui équivaut à une baisse du taux de profit. Au final on se retrouve avec une quantité globale de production accrue avec en face une demande réduite, ou dans le meilleur des cas qui n’a pas augmenté aussi rapidement, le travail étant perçu comme un coût à réduire plutôt que comme acheteur potentiel. On assiste à un effet amplificateur : les entreprises ne vendent plus, les profits chutent, les salaires baissent, les entreprises font faillite, le chômage augmente ce qui réduit à son tour la demande… C’est la crise de surproduction au milieu des privations et la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Le problème avec le capitalisme c’est qu’il a un fonctionnement anarchique, sans autorité planificatrice, guidé par la « main invisible » sensible au profit individuel, maximum et immédiat.
Pour tenter de dépasser ces problèmes de surproduction les entrepreneurs misent alors sur les exportations et la conquête des marchés extérieurs (par la guerre s’il le faut), la hausse de la demande liée à la consommation parasitaire des riches et les dépenses improductives telles que l’armement, utiles autant pour diminuer la proportion des biens de consommation en surproduction que pour dynamiser la demande car engage de la main d’oeuvre. Une part croissante du revenu national est ainsi consacré aux branches non-productives comme les services au détriment du volume d’accumulation sous-dimensionné par rapport aux besoins de la société.
Exemple du Japon, représentatif de l’ensemble des pays capitalistes occidentaux :

Source : blog de Michael Roberts
Contrairement à ce que disent les médias la crise de 2008-2009 n’est pas née d’un simple « accident » financier sans lien avec l’économie « réelle », elle est fondamentalement liée au capitalisme. On a affaire à un capital ne parvenant plus à produire de la plus-value, du fait de la surproduction caractérisée par la forte hausse de la productivité, qui se transforme et se retrouve dans la sphère financière, improductive, et tente de se valoriser en s’appropriant une plus grande partie de la plus-value produite dans la sphère industrielle. Il était devenu bien plus rapide, simple et nécessaire de faire marcher la planche à billet que de démarrer un nouveau cycle économique à l’usine. Or, ce capital financier spéculatif n’est pas basé sur la création de richesses réelles (marchandises) et n’a pas de véritable valeur commerciale, ce qui est mis au goût du jour lors de l’éclatement de la bulle financière, une autre preuve que seul le travail crée la richesse. Ce n’est qu’un immense tas spéculatif qui est parti en fumée lors du dernier krach financier et qui partira également en fumée lors du prochain krach avec des dégâts dramatiques.
La financiarisation de l’économie s’est accompagnée d’une large augmentation de la masse monétaire en circulation au point qu’aujourd’hui l’argent produit l’argent sans passer par le circuit de production, ce qui n’est pas viable à terme. Trop d’argent se trouve à suivre (représenter) trop peu de marchandises réelles (qui sont en plus en état de surproduction) ce qui dévalue cette marchandise particulière qu’est l’argent. Au final ce qui nous attend c’est l’Allemagne des années 1920 et la fameuse brouette…
Si une telle méthode était payante à long terme on se demande pourquoi les capitalistes continueraient de produire des marchandises à vendre, il est infiniment plus facile de spéculer sur les marchés financiers que de faire produire des marchandises. Et c’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui, ce qui prépare les conditions pour le prochain krach boursier car il n’y a aucune production de valeur supplémentaire en contrepartie et les économistes en herbe n’y peuvent rien.
Quand les banques centrales auront totalement submergé les marchés de monnaies fictives il sera temps de dévaluer plus fortement cette monnaie de singe voir d’émettre de nouvelles monnaies afin de recommencer ce cycle vicieux d’accumulation sans reproduction élargie du capital. Une partie des capitalistes auront déjà quitté nos pays avec leurs moyens de production et, le capital monnaie n’ayant plus de valeur, les travailleurs auront tout perdus. Le cycle reprendra jusqu’à ce que vous ayez décidé de renverser ce système qui fait son temps.
Nous sommes actuellement dans la phase impérialiste du capitalisme, c’est-à-dire l’économie capitaliste mondialisée et financiarisée, lorsque les banques s’approprient tout le tissu économique, Lénine avait déjà tout prévu il y a un siècle. Le capital se concentre dans les mains des capitalistes toujours moins nombreux ce qui ajoute une justification supplémentaire à sa collectivisation.
Il faut comprendre que l’objectif fondamental du capitalisme n’a jamais été de satisfaire des besoins mais d’accumuler du profit, peu importe les moyens et les conséquences.
L’économiste italien Domenico Moro s’est penché sur la question de la surproduction au moment de la crise, depuis les années 1980 les pays dits développés ont enregistré un déplacement des salaires vers le profit dans le partage de la « valeur ajoutée » et la productivité du travail s’est considérablement accru. L’automobile est un cas emblématique, dans lequel, selon les mots de l’administrateur délégué de Fiat « la surcapacité productive est un problème général ». En 2009 la production automobile américaine fonctionnait à à peine 45% de sa capacité productive… C’est aussi pour cette raison que l’Etat fédéral et la Fed avaient incité les ménages, mêmes les plus pauvres réputés non-solvables, à emprunter avec des taux d’intérêts très faibles, notamment pour l’acquisition de maisons car la propriété immobilière fournissait une garantie pour l’achat de biens de consommation comme l’automobile, et cela a effectivement dopé la demande de biens de consommation, mais n’a fait que déplacer temporairement le problème sans le régler.
Comprendre la source réelle de la crise que nous vivons permet de mieux appréhender la question de départ.
Dans une économie capitaliste les revenus des salariés n’augmentent jamais aussi vite que la productivité et le niveau de production. Au contraire, dans une société socialiste les niveaux de production et de consommation évoluent mécaniquement en harmonie.
Des exemples contemporains il y en a à n’en pas compter, l’exemple de l’automobile est particulièrement frappant ; on rapportait en avril 2013 l’existence dans plusieurs pays du Nord d’énormes « cimetières » clairement visibles sur Google maps composées de millions de voitures presque neuves qui n’ont pas été vendus [1]. On peut aussi parler de la nécessaire coordination entre les différences unités de production interdépendantes dont le manque peut provoquer des instabilités locales ou des crises systémiques en régime capitaliste. L’essentiel des maux du capitalisme viennent de l’absence de planification et de coordination d’ensemble.
Avec la prise en considération de ces défauts évidents il est étonnant que les capitalistes accusent d’irrationnelle la production socialiste. Ce genre de déséquilibres n’ont plus lieu d’être dans une économie planifiée.
La portée de la social-démocratie
Aujourd’hui il est indéniable que les conditions de vie difficiles et précaires explosent dans les pays dits développés et que les travailleurs sont soumis à une paupérisation absolue tandis que de l’autre côté les riches ne finissent plus de s’enrichir. L’ont-ils mérité ? Absolument pas, tout est basé sur l’exploitation du travail salarié, véritable producteur de richesses, et les « profits » financiers tout aussi parasitaires. 10% de la population possède 86% des richesses mondiales, parmi ces sur-privilégiés quelques individus (85) qui rentreraient dans un bus à deux étages sont aussi riches que la moitié de la population mondiale et certains Etats, le chiffre d’affaire de la tristement célèbre firme de distribution Wal-mart est équivalent au PIB de la Norvège, et bien sûr seule la poignée d’actionnaires de cette entreprise profite du travail collectif qui l’a fait tourner, tout en versant des salaires de misère à ses esclaves-salariés. Qui oserait justifier cela sérieusement ? Aujourd’hui dans le pays du capitalisme, les Etats-Unis, des images de milliers de nord-américains sans issue faisant la queue pendant des heures pour avoir un peu de nourriture gratuite sans la garantie qu’il reste quelque chose pour les derniers n’étonneront plus (au moins 35% des américains sont sous aide sociale) [2]. Dans le pays du capitalisme le revenu médian a baissé de 5% entre 2010 et 2013 et 5% de sa population vit avec moins de deux dollars par jour [3], et une étude publiée en juin 2013 par l’Associated Press révélait que le chômage, la précarité et la dépendance aux indemnités sont des problèmes pour 80% des adultes des USA pendant au moins une partie de leur vie (naturellement les classes populaires, mais aussi une grande partie de la « classe moyenne » déclinante) [4], en France pour les 20% des ménages les plus pauvres les « dépenses contraintes » (logement, énergie, transport) représentent 75% du budget et selon un sondage de 2014 66% des français disent connaître au moins une personne en situation de pauvreté dans leur famille ou dans leurs connaissances, un chiffre en hausse de 10 points par rapport à 2007 [5]. Le chômage dépasse les 10% et il y en a toujours pour dire que « le capitalisme marche »… en attendant les inégalités sont spectaculaires et n’ont jamais été aussi élevées, à titre d’indication les revenus des PDG ont augmenté de près de 1000% depuis la fin des années 1970 et l’Etat-Providence s’est montré impuissant, les dividendes versés par les entreprises ont quasiment doublés entre 2000 et 2012, la crise n’existe pas pour tout le monde, on a récemment révélé que les surgelés Picard allaient augmenter leur dette de 88% pour payer un dividende de 600 millions d’euros. Le capitalisme marche sur la tête et ne permet pas une hausse durable du niveau de vie pour le grand nombre.
Les keynésiens et les libéraux ne sont qu’une fausse opposition, ce sont deux faces d’une même pièce. Denis Clerc, le fondateur de la revue très faussement nommée Alternatives économiques, écrit : « Depuis l’écroulement du socialisme, nous n’avons plus le choix, si tant est que nous l’avons jamais eu. Il nous faut vivre avec le capitalisme. Donc tenter de le rendre plus acceptable et plus juste, moins gaspilleur et moins pollueur ». Il s’agit « non pas de révolutionner le monde, mais de l’humaniser partout où c’est possible » [6].
Ce sont les fameuses « alternatives » que nous préparent nos keynésiens… Plus clairement formulé cela donne ni plus ni moins : « Contentez-vous du capitalisme et ne revendiquez pas la fin de l’exploitation » ! Les sociaux-démocrates ne peuvent aller au-delà du fameux TINA (« There is no alternative ») de Tchatcher : pas d’alternative à la loi du profit, au marché, au capitalisme… Même si on peut saluer le minimum d’honnêteté de Clerc à propos de sa nette volonté de conserver le capitalisme, car d’autres comme lui s’imaginent tant bien que mal œuvrer pour une « troisième voie » imaginaire entre capitalisme et socialisme (Hitler, Mussolini, De Gaulle…), qui n’est toujours qu’un trip de capitalistes qui ne s’assument pas, là où les sociaux-démocrates sont très critiquables c’est qu’ils réduisent le capitalisme à un simple problème de répartition des richesses (sans trop forcer sur la « répartition » non plus !) et qu’il est illusoire de prétendre « humaniser » la société sans en changer les bases sociales et toucher aux rapports de production capitalistes actuels, pour faire disparaître les inégalités et les instabilités du système capitaliste on agit à la source : on abolit la propriété privée des moyens de production. Sinon on entre dans l’idéalisme et les thèses des socialistes-utopiques du XIX° siècle comme Proudhon qui rêvait d’un « socialisme » d’artisans ! En 1982 les marxistes-léninistes français observaient :
« Dans une vieille société capitaliste comme la notre, la classe ouvrière a accumulé une riche expérience dans la lutte contre le capital et il n’est pas facile de la tromper sur la nature du système capitaliste. La propagande de la bourgeoisie sur les mérites et les bienfaits du capitalisme n’influence qu’une fraction insignifiante de la classe ouvrière. C’est la raison pour laquelle les efforts principaux des sycophantes du capital sont destinés à jeter le discrédit sur le socialisme, à convaincre le prolétariat que le système capitaliste, même s’il n’est pas bon, est pourtant le meilleur et qu’il est vain de lutter pour un système « encore pire », le socialisme. » [7]

Pour les réformistes l’Etat tel que nous le connaissons peut se mettre au service des travailleurs et des capitalistes en même temps, sans distinction. Dire cela c’est d’abord ne pas connaître quels sont les véritables intérêts de la classe ouvrière mais c’est aussi ignorer les mécanismes même de l’Etat capitaliste, par exemple on sait que pendant les crises l’Etat met en oeuvre d’énormes subventions en tout genre pour essayer de sauver les banques et les grandes entreprises de la faillite, c’était le cas au début des années 1930 comme en 2009 et c’est bien sûr les travailleurs et les gens ordinaires qui payent l’addition, seuls les « libéraux » font mine de s’opposer à cette politique (tout en sachant qu’ils ne peuvent pas se permettre de ne pas agir dans la réalité). Mais heureusement les sociaux-démocrates sont là pour sauver l’honneur ; ce n’est pas un Etat de classe, bourgeois, c’est « l’Etat de tout le peuple » !
Les adoucissements à l’exploitation sont depuis un certain nombre d’années perçues comme inutiles par la bourgeoisie et son Etat, le danger communiste ayant disparu il n’y a plus de raisons de les conserver, ils ne « servent » désormais plus qu’à endommager la compétitivité et les précieux profits des capitalistes. Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Economie et banquier d’affaires chez Rothschild, avait dit lors d’un entretien en octobre 2014 : « C’est le moment pour la France de repartir à l’offensive. L’Europe a besoin d’un New Deal : la France s’engage à poursuivre et même à intensifier ses réformes […]. Demandez aux entreprises si rien n’a changé ! Beaucoup de réformes ont été votées et engagées : le Cice (Crédit d’impôt compétitivité emploi, NDR), le pacte de responsabilité et de solidarité, l’accord de janvier 2013 sur la sécurisation de l’emploi. L’Etat, la sécurité sociale et les collectivités font des efforts considérables pour réduire nos dépenses publiques de 50 milliards en trois ans… C’est historique ! Faire changer les choses, c’est toujours prendre un risque. C’est comme rentrer dans la vallée de la Mort : jusqu’au dernier moment, on ne sait pas quand on va en sortir ; mais la pire des erreurs est de faire marche arrière. Nous avons six mois pour créer une nouvelle donne en France et en Europe. » [8]

Macron en compagnie de Montebourg
C’est officiel, le gouvernement « socialiste » d’Hollande, qui était censé lutter contre les « riches » et le « monde de la finance », fait pire que son prédécesseur en matière d’écroulement social et de cadeaux au patronat et contribue à montrer que le classement gauche/droit n’a aucun sens. Un Etat impuissant face aux délocalisations de l’industrie (qui n’a jamais été « nationale » en régime capitaliste), un Etat qui préfère intensifier l’exploitation des travailleurs, baisser les indemnités, les adoucissements à l’exploitation, pointer du doigts les fraudes des individus aux prestations sociales alors que les fraudes des entreprises (fraude fiscale ou fraude aux cotisations sociales) représentent… 6 fois plus ! Mais ça il ne faut pas toucher !
Et bien vous l’avez votre « le changement c’est maintenant » tant promis ! Travailleurs, salariés, vous n’avez rien à attendre de ces « élus » corrompus qu’ils soient de gauche ou de droite, ils ne sont rien de plus que des employés des capitalistes faisant mine de vous représenter.
Dans les années de guerre froide les « lois sociales » et les « avantages » financés par l’exploitation coloniale de l’Afrique et faites sous l’aval du patronat n’ont jamais été contesté, le but était de garantir un niveau de vie plus attrayant qu’à l’Est. Ce n’est qu’à partir des années 1980, avec la décomposition de plus en plus visible des pays se réclamant du communisme, qu’elles ont été rejetées. Et une fois l’URSS officiellement liquidée, c’est le début de la dégringolade, l’exemple le plus frappant est l’Allemagne : 25 ans après la chute du mur de Berlin on a assisté à une baisse drastique des revenus à l’Ouest et la disparition des protections collectives à l’Est, notamment traduites par une baisse générale de l’espérance de vie. Mais les capitalistes sont conscients qu’il faut procéder le plus minutieusement possible. En 1996 un rapport de l’OCDE, au départ confidentiel, affirmait qu’il était effectivement temps pour les « pays développés » d’accélérer la libéralisation financière et la destruction des adoucissements à l’exploitation et soulignait qu’il fallait dans la mesure du possible privilégier les ajustements structurels (sur le long terme) aux mesures de stabilisation (brutales) afin de limiter le mécontentement social : « Cette distinction entre la stabilisation et l’ajustement structurel est politiquement importante. En effet, le programme de stabilisation a un caractère d’urgence et comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l’on réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages en diminuant les salaires des fonctionnaires, les subventions ou l’emploi dans le bâtiment. En revanche, les mesures d’ajustement structurel peuvent être étalées sur de nombreuses années et chaque mesure fait en même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le gouvernement peut s’appuyer facilement sur une coalition des bénéficiaires pour défendre sa politique. » [9]
La loi de la baisse tendancielle du taux de profit décrite par Marx motive aussi ce processus. Les profits des entreprises ont baissé structurellement (effet amplifié par la crise), elles dépendent essentiellement des renflouements des banques, qui dépendent elles-mêmes des perfusions de l’Etat. On ne peut pas forcer les capitalistes à partager, cette politique n’est pas valable et ne l’a jamais été.
Aujourd’hui la masse salariale ne représente qu’une petite partie du coût de production total, il devient de plus en plus difficile d’accroître la plus-value relative (mécanisation) conformément à la loi de la productivité décroissante, il ne reste donc plus qu’à accroître la plus-value absolue (baisse des salaires, allongement du temps de travail, intensification du travail) mais celle-ci se heurterait à des problèmes sociaux.
Les faibles hausses de la productivité des dernières décennies, la baisse des taux de profit, la quasi-stagnation des salaires et l’inflation ont fait chuter les revenus de l’Etat bourgeois, d’où la nécessité de l’austérité pour suivre la baisse des revenus publics et restaurer les taux de profit mis à mal par la crise de surproduction.
L’austérité n’est pas la cause de la crise mais la conséquence, c’est le stade incontournable où le capitalisme contemporain devient encore plus dur avec les travailleurs et où l’Etat-Providence se transforme en Etat-Policier.

Le nouveau visage de la Grèce. Tant de misères dans ce monde…
Depuis la seconde moitié du XIX° siècle les actionnaires des grandes entreprises confient même leur tâche de gestion de l’entreprise à des salariés que sont les managers et prennent de moins en moins de « risques » (même si l’entreprise ne fait pas de profit et que les investissements sont en baisse les dividendes sont toujours versés, voir augmentés) et provoquent des effets négatifs pour la société (ainsi on délocalise, on licencie, on presse les salaires et les travailleurs comme des citrons). Les propriétaires du capital et les banquiers font littéralement de l’argent en respirant et les managers sont toujours plus grassement payés. Le plus « étonnant » est que, selon une étude américaine, les patrons les mieux rémunérés sont également les moins performants [10]. Pendant ce temps-là les ouvriers sont exploités et privés du droit au contrôle du fruit de leur labeur, mais cela n’intéresse pas les réformistes.

Ce ne sont pas les sociaux-démocrates qui pourront s’occuper de cette situation déplorable et encore moins fournir une « alternative », ils n’ont pas les moyens (ni la volonté) de surmonter les contradictions du capitalisme, ils ne peuvent permettre une lutte efficace contre les inégalités de tous types. Ils se posent en défenseurs des travailleurs, ils cherchent en réalité à perpétuer leur asservissement en prônant la collaboration de classes, en souhaitant harmoniser des intérêts par nature contradictoires, le but est de faire croire que le capitalisme peut être « modéré » et « planifié », que les ouvriers privés du produit de leur travail ne sont plus exploités car ils ont reçu quelques miettes de plus. Les fascistes, en plus des méthodes social-démocrates classiques, ont également tenté de balayer la lutte des classes en mettant en avant la lutte des « races » (ou du moins des cultures) ainsi que le culte de la patrie et/ou de la religion afin de dresser les travailleurs les uns contre les autres et faire oublier leurs véritables ennemis communs, aujourd’hui c’est la théorie du choc des civilisations qui entre en jeu, entretenue par les élites et les mouvements d’extrême-droite.
Ils omettent le fait que la mondialisation et la financiarisation de l’économie capitaliste sont des processus intrinsèques du développement capitaliste et ne sont pas des inventions de quelques théoriciens. C’est pour évacuer les problèmes de surproduction, la recherche de profits accrus et plus simples, les difficultés structurelles accrues à valoriser le capital productif et à produire de la plus-value qui ont conduits à ces phénomènes. Comme le montre par exemple l’économiste marxiste québécois Robert Bibeau ces phénomènes, notamment la financiarisation, sont inscrits dans les gênes du capitalisme et le seul moyen de se débarrasser de leurs maux est une sortie pure et simple du capitalisme, dans son livre Le déclin de l’impérialisme contemporain (2014) il résume :
« Contrairement à ce que prétend la pseudo-gauche réformiste, cet aboutissement n’est pas voulu ni souhaité par les banquiers. Ce résultat inespéré est la conséquence des lois de fonctionnement obligées de l’économie capitaliste tétanisée – la loi de la propriété privée des moyens de production – la loi de la recherche du profit maximum – la loi de la dégradation de la composition organique du capital – la loi de la baisse du taux social moyen de profit – et la loi de l’enrayement du processus de valorisation du capital et de sa reproduction élargie. Nul économiste, ni chef politique, ni capitaliste, ni pseudo-socialiste ne peut empêcher ces lois d’orienter l’économie capitaliste-impérialiste vers la crise dont les capitalistes chercheront un jour à s’extirper en engageant la destruction de forces productives et de moyens de production par une crise systémique qu’ils ne maîtriseront pas, ou pire, par une guerre génocidaire. »
Il est important de s’en rendre compte : il n’y a pas de « bon » et de « mauvais » capitalisme, c’est se voiler la face que de parler de « capitalisme financier » (donc sous-entendre qu’il y aurait un capitalisme qui ne le serait pas). Le capitalisme en est arrivé là naturellement et il est impossible de faire marche arrière.
Comme l’a bien résumé le KKE à propos de Syriza, « en limitant sa critique au soi-disant « capitalisme néolibéral », SYRIZA encourage la création des illusions parmi les travailleurs qu’il peut y avoir un autre « bon » capitalisme » [11] et ainsi sauver le capitalisme en général. Son « voisin » turc du Front Populaire (Halk Cephesi) commentait sa victoire récente comme-ci : « Le réformisme, c’est ce qu’on appelle intégrer les masses travailleuses au système en jouant avec leurs espoirs et en sapant leurs rêves » [12], c’est rendre inoffensive la colère populaire.
Contrairement aux idées reçues ce n’est pas le CNR qui a introduit les « acquis sociaux » mais cela a clairement commencé sous le régime de Pétain dans l’optique fidèle aux fascistes de réconciliation des travailleurs et des patrons pour briser la lutte des classes. Ces « acquis sociaux » ont été décrété par l’oligarchie elle-même comme l’a fait Bismarck en son temps pour contrer la montée du mouvement ouvrier en Allemagne, selon ses propres mots : « Mon idée était de persuader – ou devrais-je dire de corrompre – la classe prolétarienne pour qu’elle voie en l’État une institution sociale érigée pour elle et veillant à son bien-être. » [13]. La social-démocratie a été un produit de la bourgeoisie libérale pour continuer à dominer la classe laborieuse, pour l’empêcher d’aller vers le communisme et la libération sociale, en leur distribuant des aides diverses comme on donne le sucre à son chien. Les capitalistes pouvaient ainsi continuer à faire fructifier leur capital et leurs privilèges en toute tranquillité, en achetant le calme des pauvres. Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs, l’a compris lorsqu’il appelait à réduire les inégalités qu’il juge « responsables des divisions dans le pays » (comprenez intensification de la lutte des classes !)… ou quand les grands capitalistes appellent explicitement la « vraie gauche » (les marionnettes de type Montebourg ou Mélenchon) afin d’affermir l’ordre capitaliste en calmant les tensions sociales et embrouiller les travailleurs [14]. Blankfein adopte ici la méthode prudente et subtile, qui est loin d’être partagé par tous les capitalistes, qui ont au contraire une tendance de plus en plus poussée à favoriser la répression d’Etat pour éviter à devoir faire quelques compromis, le traité de Lisbonne (2007), par exemple, intervient à cet égard en légalisant le meurtre des manifestants [15].
L’étatisation de l’économie de marché n’a jamais eu pour but de l’affaiblir mais de la renforcer, dans le modèle social-démocrate les entreprises d’Etat sont subordonnés aux entreprises privées, elles ont pour but de catalyser le commerce privé, par exemple en France EDF distribue sa production à un prix inférieur aux trusts. Il n’y a pas d’entreprises et de sociétés « mixtes » à moitié socialiste à moitié capitaliste, ce qui fait d’une entreprise son caractère socialiste ou capitaliste c’est l’environnement sociétal dans lequel elle est, s’il s’agit d’une dictature du prolétariat ou pas…
Une nationalisation bourgeoise n’a évidemment rien à voir avec une nationalisation socialiste, les revenus de la première vont à cet Etat qu’est l’organe exécutif des capitalistes endetté auprès du capital privé, donc à la bourgeoisie, elles sont opérées pour deux raisons principales ; premièrement lorsque les entreprises capitalistes sont en difficulté, il s’agit alors pour l’Etat de les nationaliser (avec de grasses indemnisations), les réorganiser, les désendetter et les rentabiliser aux frais du contribuable et ensuite les rendre aux capitalistes (reprivatisation), c’est ce qui s’est passé, par exemple, en Allemagne dans les années 1930 ou aux Etats-Unis avec la nationalisation de General Motors en 2009 pour éviter sa faillite, et puis, une fois restructurée, sa reprivatisation progressive en cédant des millions de dollars de parts de capital aux acteurs privés ; la deuxième raison est de calmer les tensions de classes et faire plaisir aux influents partis « communistes » et « socialistes » réformistes, c’est ce qui s’est passé dans les pays capitalistes au cours des années 1940, particulièrement en France et en Italie. Au contraire, ce qui caractérise l’émergence du nouveau modèle économique et la nationalisation socialiste c’est son caractère général, immédiat et sans indemnisations par le prolétariat en la personne de son Etat, comme c’était le cas en Albanie entre les années 1945-1947. La nationalisation socialiste se fait dans l’intérêt de la construction du communisme, vers une socialisation toujours accrue.
Le millionnaire Keynes disait lui-même qu’il proposait les interventions étatiques pour la raison que cela constituait le « seul moyen d’éviter la complète destruction des institutions économiques actuelles » et la « condition nécessaire d’un fructueux exercice de l’initiative individuelle » [16], l’interventionnisme devait donc servir de béquille au capital. En un peu plus direct, en parlant d’un parti socialiste : « C’est un parti de classe, et cette classe n’est pas ma classe [la classe ouvrière]. Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens. […] Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la lutte des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée » [17]. Keynes, revendiqué par tous les mouvements de gauche, était un aristocrate anticommuniste viscéral qui, on ne le répétera jamais assez aux gauchistes qui se croient contestataires, n’a jamais eu d’autre objectif que d’assurer la pérennité de la domination capitaliste, il était parti du libéralisme pour finir dans l’étatisme avec la crise systémique, une évolution tout à fait naturelle. Malgré ses sérieuses lacunes Keynes avait remarqué que le capitalisme était instable et qu’il provoquait des crises, c’est donc pour sauver les profits que l’Etat devait intervenir et s’endetter.
Pour Keynes « les salaires réels et le niveau de la production (et donc de l’emploi) [étant] inversement corrélés » en économie de marché, il préconisait la montée générale des prix (l’inflation) afin de faire baisser les salaires et les taux d’intérêts réels, car il savait qu’il est plus difficile pour les ouvriers de résister à une hausse des prix qu’à une baisse des salaires nominaux, cela devait permettre d’équilibrer l’épargne et l’investissement et d’accroître la « rentabilité du capital » afin d’augmenter le niveau d’emploi et de créer les conditions pour le développement « normal » du capital, l’Etat devait aussi étatiser des branches économiques entières (comprenant bien que les interventions de l’Etat capitaliste servent les intérêts privés), mettre en oeuvre d’importantes subventions et investissements publics, qu’ils soient utiles ou pas (armement…) afin de soutenir l’économie. Occultant les causes réelles des crises et le mécanisme pervers du capitalisme, pour Keynes l’insuffisance de la demande était due à des raisons « psychologiques », en réalité cela était due à la paupérisation relative (si ce n’est pas absolue) des travailleurs, et cette baisse des salaires réels allait encore plus appauvrir la demande intérieure des classes populaires.
Même un keynésien comme Denis Clerc avait admis : « Partout où elles étaient tentées (sauf aux Etats-Unis), les politiques keynésiennes de relance ont échoué, ou n’ont réussi qu’en provoquant des déséquilibres intolérables à terme (déficit commercial extérieur, inflation) » [18]. On notera que le New Deal américain a également échoué à retrouver le niveau de 1929, il est à l’origine de la récession de 1937 et ce n’est que la Seconde guerre mondiale qui a vraiment sortie le pays de la crise. Entre 1939 et 1944 le PIB des USA a connu un bond de 154% ! On comprend désormais le goût des capitalistes pour la guerre, que les politiques keynésiennes alimentent.
Les keynésiens d’aujourd’hui estiment que la hausse des dépenses publiques et des salaires suffiraient à régler les maux du capitalisme et à « relancer la croissance », des décennies d’endettement public et privé délirant pour pas grand chose n’ont pas réussi à enterrer ce refrain.
Aujourd’hui le contexte n’est plus le même qu’après la Seconde guerre mondiale, le mythe des « 30 glorieuses » était le fruit de circonstances exceptionnelles qui n’aurait sans doute pas pu voir le jour sans les immenses dépenses en armement et en reconstructions due à la plus dévastatrice des guerres (qui marque ainsi la fin de la crise des années 1930), une tentative de remake de son aspect « social » engendrerait une fuite massive de capitaux ou des grèves de l’investissement car la peur permanente du communisme (à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur) n’est plus là pour justifier la générosité de la bourgeoisie, et constatant leur échec les réformistes devront faire lamentablement marche arrière comme ce fut le cas avec le « Tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983… et même avec Hollande de nos jours qui avait, avant son élection, promis une taxe sur les riches suffisamment « forte » pour susciter l’indignation du MEDEF… Une fois élu il a proposé une forme très atténuée de cette taxe devant la Cour constitutionnel pour finalement se coucher totalement devant les exigences des capitalistes, Forbes titrait à ce propos : « Hollande converti, propose l’austérité et une baisse des taxes pour renforcer la croissance en France » [19], le capitalisme ne peut pas être réformé, la pseudo-« révolution bolivarienne » au Venezuela nous le montre d’ailleurs tous les jours. Et de toute façon les Etats sont massivement endettés, ruinés par le capitalisme, en France la moitié des recettes publiques servent à rembourser la dette et les intérêts. Les travailleurs et les capitalistes ne supporteraient de nouvelles hausses d’impôts, les uns devront resserrer leur consommation, les autres réagiront par des grèves de l’investissements ou pire. Intensifier l’austérité réduirait la consommation intérieure mais creuser davantage la dette nous ferait plonger dans le même marasme que la Grèce. Que ce soit l’austérité ou la relance keynésienne on fonce vers le même désastre économique, la solution se trouve définitivement hors-système. « Nous savons où se trouvent les ressources matérielles dont nous avons besoin. Les travailleurs les produisent, mais ce sont les capitalistes qui les possèdent. L’expropriation des capitalistes doit retrouver sa place au cœur de nos revendications. Et s’il faut rattacher un nom au programme dont nous avons besoin, ce ne doit pas être Keynes, mais Marx. » [20]
En France la social-démocratie est puissante depuis qu’au sein des forces socialistes les réformistes conduits par Jaurès sont sortis vainqueur de la lutte interne contre les révolutionnaires représentés par Sorel. La lutte pour le changement de société a progressivement laissé place à l’amélioration des conditions d’esclavage et du pouvoir d’achat. Mais, comme le disait Marx, le salaire peut augmenter en terme absolu dans les conditions favorables du capitalisme mais cela suppose une polarisation accrue des richesses et sera accompagné d’une paupérisation relative des travailleurs : « Lorsque le capital s’accroît rapidement, le salaire peut augmenter, mais le profit du capital s’accroît incomparablement plus vite. La situation matérielle de l’ouvrier s’est améliorée, mais aux dépens de sa situation sociale. L’abîme social qui le sépare du capitaliste s’est élargi [21] ». Au contraire, dans les conditions défavorables, Marx montre que le capitalisme conduit à la paupérisation absolue des travailleurs et des plus pauvres, comme on le constate de nos jours. Time Magazine a publié un long article de Michael Schuman le 25 mars 2013 dans lequel il écrit : « Marx a théorisé le fait que le système capitaliste appauvrissait les masses et concentrait les richesses entre les mains de quelques-uns, provoquant des conflits sociaux et des crises économiques. Il avait raison. C’est si facile de trouver des statistiques qui montrent que les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. » [22]
« Le marxisme est mort » dit-on… Bien sûr, c’est ce qu’on disait également au moment de la révolution bolchevique et de la crise des années 1930. En réalité Marx est plus que jamais d’actualité aujourd’hui, et le fait qu’on continue à s’acharner sur lui malgré la prétendue « fin du communisme » est un bon signe. Autant le dire d’emblée : le capitalisme n’est pas naturel, il suppose des comportements et un système politique spécifiques, il a existé autrefois des sociétés qui ont vécu sans marché et sans marchandises, il a existé des peuples qui ont remarquablement entrepris la construction d’une autre société, supérieure, contre vents et marées. Le capitalisme a été un progrès évident pour l’humanité, aujourd’hui il joue le rôle contraire, comme d’autres modes de production avant lui le capitaliste disparaîtra, ce n’est qu’un point passager de l’histoire de l’humanité.
Il s’agit en premier lieu d’abolir la contradiction intrinsèque au capitalisme entre les rapports sociaux de production (privés, bourgeois) et le caractère de la force de travail (collectif), ce qui explique également les déséquilibres de l’économie capitaliste ; le contrôle collectif des richesses générées par la collectivité et notamment la classe ouvrière, c’est la base du socialisme. Leur travail n’est plus le symbole de son asservissement mais devient la condition de sa libération économique, sociale et politique. Il n’y a plus d’exploitation car la moitié de son temps de travail effectué n’est plus donné « gratis » à son patron mais lui revient sous une forme ou une autre ainsi qu’à la collectivité entière ; il n’y a plus de bourgeoisie mais seulement des producteurs socialistes associés dans l’État et les coopératives. Le capital du monde est soit un don de la nature, soit le fruit du travail collectif de nombreuses générations, dans tous les cas il est utile à tous, pourquoi certains auraient le droit d’en détenir la propriété exclusive ? Ce capital revient de droit à la collectivité et particulièrement aux ouvriers dont la force produit tout.
Débarrassée des contradictions du capitalisme une société socialiste peut développer largement la production et diffuser plus amplement le progrès technique, de nombreux emplois inutiles dans les services seront supprimés (finance, marketing…) au profit des emplois réellement productifs dans les usines, ce qui aura également pour conséquence de faire baisser le temps de travail individuel. Il arrivera peut-être un jour où le progrès technique et scientifique aura tellement avancé que les machines et les robots pourraient travailler pour nous. Au fur et à mesure du développement socialiste des forces productives on profitera d’une production énorme, qui pourra finalement être écoulée gratuitement, avec un temps de travail minime. Dans le système capitaliste le progrès technique maximal ne serait pas souhaitable et possible étant donné que le taux de profit serait érodé et que tout le monde serait simplement au chômage. Seul le communisme peut désormais faire de ce monde un jardin.
Par la diffusion du progrès technique le temps de travail sera réduit en proportion. Au début des années 1950 Staline avait proposé la journée de travail de 5 heures [23], rendue possible par un nombre croissant d’ouvriers et le progrès technique dans la « patrie du socialisme », en tant que base pour effacer les différences entre le travail manuel et le travail intellectuel et pour développer le temps de loisirs, dans la société socialiste la reproduction simple et élargie provoque la baisse du temps de travail individuel ou le transfert de la main d’oeuvre rendue superflue directement dans d’autres branches dans le besoin sans connaître le chômage. Comme le disait Staline (âmes sensibles s’abstenir), « nulle part les machines ne sont employées aussi volontiers qu’en URSS, puisqu’elles économisent le travail à la société et facilitent la peine des hommes. Et comme le chômage n’existe pas en URSS, les ouvriers emploient très volontiers les machines dans l’économie nationale » [24]. Au contraire dans l’économie capitaliste cela se traduit par les licenciements… ou par l’augmentation du temps de travail (pour faire marcher les machines plus longtemps), c’était le cas pendant une partie de la révolution industrielle avant que l’Etat ne décide d’imposer progressivement un certain plafond pour éviter de pousser les ouvriers à la révolte. De nos jours le chômage augmente, le temps de travail augmente, l’âge de départ à la retraite augmente, la pauvreté augmente alors que dans une société fonctionnant correctement, socialiste, la tendance devrait être le contraire, le mécanisme inhérent au capitalisme l’en empêche.
Le socialisme ce n’est pas « travailler pour les autres », cet adage irait d’ailleurs bien mieux au capitalisme, ni l’assistanat, ce n’est pas non plus l’égalité en soi, c’est avant tout le prolétariat au pouvoir. Il n’y rien d’utopique là-dedans, il suffirait d’y croire.
Ce que doivent chercher les communistes ce n’est pas l’augmentation des salaires dans le cadre du capitalisme, ce n’est pas pleurnicher sur l’austérité, mais l’abolition du salariat comme l’a affirmé Marx à propos du rôle conservateur, voir réactionnaire, de certains syndicats qui ont tendance à répandre cette mentalité de réformistes parmi les ouvriers :
« Au lieu du mot d’ordre conservateur : «Un salaire équitable pour une journée de travail équitable», ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : «Abolition du salariat». […] Les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital. […] Ils manquent entièrement leur but dès qu’ils se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat. » [25]
Les communistes russes ont pris le pouvoir dans un pays arriéré, encore féodal, avec une industrie absente ou détruite par la guerre, une population essentiellement paysanne et culturellement arriérée. Le prolétariat industriel était minuscule et n’avait pas d’expertise dans la mécanisation et l’industrie lourde. Sans oublier l’hostilité du monde capitaliste agressif qui n’a pas hésité à envoyer 165 000 soldats dans la Russie socialiste et à décréter le blocus. Il fallait d’abord industrialiser le pays le plus rapidement possible, à n’importe quel prix, et améliorer le niveau culturel de la population avant de pouvoir développer plus largement les rapports de production socialistes et la démocratie populaire. Aujourd’hui la grande majorité des pays du monde disposent d’une certaine base industrielle, le cours des événements ne saurait donc pas être tout à fait le même, surtout dans des pays dits développés comme le nôtre où les rapports de production socialistes peuvent être aisément instaurés.
Le socialisme se chargerait d’améliorer largement le bien-être culturel des travailleurs afin de leur donner l’envie et la capacité de participer directement aux affaires d’Etat et à la direction de toute l’économie. C’était le plan de Staline lorsqu’il voulait former une classe ouvrière très hautement qualifiée capable de s’affranchir des différences entre le travail manuel et le travail intellectuel. Cette participation générale à la politique du pays est facilité aujourd’hui par l’existence d’Internet, en plus des conseils populaires (soviets).
Mais malgré tout ce qu’on peut reprocher à l’URSS, l’expérience soviétique a le mérite de montrer de quoi une économie planifiée est capable. Aujourd’hui la propagande accélérée en faveur du système capitaliste colonise les esprits, largement facilitée par la sous-information de ce qu’est réellement le communisme et l’URSS, malheureusement prépondérant de nos jours. Des économistes orthodoxes de l’époque reconnaissaient ainsi la rationalité de l’économie planifiée, par exemple l’économiste américain J. Berliner déclarait devant une commission du Congrès en 1959 : « Je tiens pour démontré que l’économie socialiste est suffisamment efficace, et le problème se résume à mesurer cette efficacité » [26] ou Arthur Cecil Pigou, autrefois sceptique, qui dans Capitalism versus socialism (Londres, 1954), admettait remarquablement des arguments puissants en faveur de l’économie planifiée.

Deux mondes, deux résultats, Affiche soviétique, 1955
Par exemple, en 1960 un rapport pour le Congrès américain constatait dans la conclusion : « Il semble clairement établi que l’output industriel soviétique ait augmenté au moins deux fois plus que le taux US moyen pendant la dernière décennie » [27]. Et aucune comparaison de périodes n’est possible, même par rapport à l’industrialisation rapide qui a suivie la Guerre de Sécession le taux de croissance soviétique demeurait supérieur. C’est un phénomène historique, entre les années 1918-1960 le taux de croissance annuel moyen en URSS a été de 10,1% (et encore plus dans les années 1930), contre 3,3% pour les USA, si l’on prend pour ces derniers la période plus favorable de 1870-1913 le chiffre ne monte qu’à 5% [28]. Bien entendu ce développement n’a pas été entrecoupé de crises comme ce fut le cas pour tous les pays capitalistes.
Au total la planification soviétique a produit des résultats tels que même Hitler, l’ennemi mortel du bolchevisme, a été obligé d’applaudir (en privé), en 1942 :
« Si Staline avait eu 10 ou 15 ans de plus, la Russie serait devenu le plus puissant pays du monde, et deux ou trois siècles auraient été nécessaires pour faire changer cela. C’est un phénomène unique ! Il a augmenté le niveau de vie — cela ne fait aucun doute. Plus personne ne meurt de faim en Russie. Ils ont construit des usines là où il y a deux ou trois ans il n’y avait que des villages inconnus — et des usines, tenez-vous bien, aussi grandes que les Hermann Göring Works. Ils ont construit des lignes de chemin de fer qui ne sont même pas encore sur nos cartes. En Allemagne nous nous disputons sur la fixation du prix des billets avant même de commencer à construire la ligne ! J’ai lu un livre sur Staline ; je dois admettre que c’est une personnalité immense, un ascète qui a pris l’ensemble de ce pays gigantesque fermement dans sa poigne de fer. » [29]
En mettant l’accent sur le développement prioritaire de l’industrie lourde (industrie mécanique, sidérurgie, production de moyens de production), impossible sous le capitalisme car le profit y est plus faible que dans l’industrie légère, cela signifie certes arrêter la croissance de la production de biens de consommation, voir la réduire, à court terme mais c’est l’accroître largement à moyen-long terme, c’est appliquer ce qu’on a appelé le principe des chaînons décisifs, car c’est de l’industrie lourde que dépend le développement économique général. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que les ouvriers, sources de toute richesse, soient motivés et ils le seraient beaucoup plus s’ils avaient conscience qu’ils travaillaient, directement ou indirectement, pour eux-mêmes et pour la future société communiste.
Aujourd’hui les moyens de la planification, malgré un plus grand nombre de produits à maîtriser, sont largement supérieurs grâce à l’informatique moderne comme l’ont montré les chercheurs britanniques Paul Cockshott et Allin Cottrell dès les années 1990, ce qui affiche toute l’actualité de l’économie planifiée.
Mais si les capitalistes ont finalement vaincu la Guerre froide, c’est que le capitalisme n’avait pas encore dit son dernier mot, or cette situation ne peut pas être éternelle. Aujourd’hui le capitalisme est plus instable que jamais.

Les travailleurs ne doivent pas se laisser endormir par la démagogie sociale-démocrate et fasciste. De Bernstein et Keynes à Mélenchon, les sociaux-démocrates de tous genres doivent être considérés comme des ennemis des communistes et de la classe ouvrière. Ceux qui les identifient comme des « amis politiques » comme le PRCF ou le PCOF ne sont tout simplement pas communistes.
L’écrivain marxiste français Vincent Gouysse écrit à juste titre :
« Jamais donc, la nécessité du renversement du capitalisme n’a été aussi aigüe. Et pourtant, jamais les forces sociales capables de s’acquitter de cette mission n’ont paru aussi réduites ou pour le moins divisées. Forte de sa domination économique et idéologique, la bourgeoisie parvient pour le moment à anéantir et à empêcher l’émergence de toute opposition organisée à sa domination. » [30]
Face à ce capitalisme sauvage et instable il n’y a pas plusieurs solutions : il faut le renverser et construire l’avenir communiste, encore inconnu, sous la direction du prolétariat ! Socialisme ou barbarie ! Abolition du salariat !
Notes :
[1] : Express.be, Un cimetière de voitures « presque neuves », 30 avril 2013 • [2] : CBS. Miami, 22/08/2014, vidéo publiée par Dailymotion le 23/08/2014 • [3] : Vivre avec deux dollars par jour aux États-Unis, Argent.canoe.ca, 27/08/2014 • [4] : Press TV, 80% of US adults face near-poverty, no jobs, 28/06/2013 • [5] : http://www.ipsos.fr/decrypter-societe/2014-09-11-pauvrete-plus-qu-crainte-realite-pour-nombreux-francais • [6] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, éd. La découverte (17°), 2011, pp. 420-422 • [7] : L’Emancipation, n° 1-8 (1979-1983), édition numérique, p. 151 • [8] : E. Macron, entretien avec Le JDD, 11/10/2014 • [9] : Cahier de politique économique n° 13, « La faisabilité politique de l’ajustement », par Christian Morrisson, 1996 • [10] : Forbes, The Highest-Paid CEOs Are The Worst Performers, New Study Says, 16/06/2014 • [11] : http://inter.kke.gr/fr/articles/SYRIZA-la-force-de-reserve-de-gauche-du-capitalisme/ • [12] : Yürüyüs (La Marche, revue du Front Populaire), n° 455 du 8 février 2015, p. 20 • [13] : O. von Bismarck, Gesammelte Werke 1924/1935, volume 9, pp. 195-196 • [14] : CBS News, Goldman Sachs CEO: Income inequality is « destabilizing », 10/06/2014 • [15] : Nicolas Bourgoin, Rémi Fraisse, tué pour l’exemple ?, 29/10/2014 • [16] : Cité par Paul Mattick dans Marx et Keynes, éd. Gallimard, 1972, p. 13 • [17] : Keynes, Suis-je un libéral ? (1928), cité par Mattick, op. cit, p. 33 • [18] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, La Découverte, édition de 1994, p. 358. Ce passage a disparu des nouvelles éditions du livre cité. • [19] : Site du CIO ivoirien, Thomas Piketty : le nouveau Marx ?, 09/07/2014 • [20] : La Riposte, Qui était John Maynard Keynes ?, 14/02/2012 • [21] : Karl Marx, Travail salarié et capital (1849), édition numérique, p.16 • [22] : http://www.legrandsoir.info/la-revanche-de-karl-marx.html • [23] : Staline, Les problèmes économiques du socialisme en URSS, 1952, édition numérique, p. 32 • [24] : Idem, p. 21 • [25] : Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865, édition numérique, p. 31 • [26] : « A comparison of United States and Soviet Union economics », novembre 1959, cité par Bronislaw Minc, L’économie politique du socialisme [1963], éd. Maspero, 1974, p. 321 • [27] : Cité par Minc, op. cit, p. 187 • [28] : Minc, op. cit, p. 187-188 • [29] : Hitler, cité dans Hugh Trevor-Roper, Hitler’s Table Talk 1941-1944. His Private Conversations, éd. Enigma Books, 2000, p. 661-662 • [30] : Vincent Gouysse, Contre-offensive idéologique, 2014, édition numérique, p. 218